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Réunion du S.E.L.L. de Nevers
(Système d'Echange Libre & Local)
Le vendredi 19 mai à 20 heures au Café Charbon*
* Café Charbon
10, rue mademoiselle Bourgeois
58000 Nevers
VÉGÉTALISME ET ÉCOLOGIE
POUR UNE ALIMENTATION ET UNE SOCIÉTÉ NON-PRÉDATRICES
par Anonyme
(Brochure éditée à loccasion du festival Viva Vegan à lEspace Autogéré, Lausanne, du 11 au 13 avril 2003)
Ce texte propose une réflexion sur les raisons écologiques pouvant mener à adopter une alimentation végétalienne, et sur quelques questions quun-e écologiste radical-e peut se poser au sujet de lexploitation animale.
On ny parlera pas de souffrance animale, ce qui est (avec raison) la principale question qui amène les gens à cesser de salimenter avec de la nourriture dorigine animale, mais plutôt décologie au sens large. Quel est le rôle, quelles sont les conséquences de la production dune telle nourriture dans notre société industrialisée, et quelles réponses apporte le végétalisme ?
Les végétalien-ne-s, par définition, refusent de consommer les produits dorigine animale. Il est facile de démontrer quune telle alimentation "pollue moins" quune alimentation carnivore, bien que cela contredise certains préjugés tenaces. Mais si lon admet que le champ daction de lécologie nest pas seulement la gestion de la dégradation de lenvironnement, mais concerne plus largement les interactions entre les différents éléments de la biosphère, il faut sattarder un peu plus sur les relations entre lhumanité et la nature en général. Ce qui questionne forcément lévolution de lagriculture et de la technologie, dans quels rapports ville-campagne ou "Nord-Sud" sinscrit cette évolution, et quelle est la place de lélevage dans tout ça...
Ce texte propose de défricher le sujet, à partir dun point de vue sur monde qui vaut ce quil vaut, et un auteur qui ne demande quà laméliorer. Les commentaires, critiques, documents, propositions sont bienvenus à ladresse suivante : djd@ziplip.com
Une alimentation insoutenable
Selon largumentation environnementaliste classique des végétalienNEs, lalimentation à base animale est trop peu efficace, car elle consomme beaucoup plus de ressources et génère beaucoup plus de pollution que lalimentation végétalienne. On peut définir lefficacité de la production alimentaire comme le rapport entre les quantités de nourriture que mange lhumainE et ce qui est mis en uvre pour que la nourriture arrive dans son assiette : agriculture, élevage, industries, transports, ... La production alimentaire animale est dune efficacité très faible, car elle se place au sommet dune chaîne alimentaire à plusieurs étages, selon une hiérarchie humain/animal/végétal. Alors quune alimentation totalement végétale comporte un étage de moins : humain/végétal seulement, ce qui implique une base végétale environ 10 fois moins importante pour nourrir un être humain, car le rendement de lélevage (par rapport aux végétaux de fourrage qui y entrent) dépasse rarement 10%.
La consommation de produits animaux implique donc non seulement une production végétale beaucoup plus importante quune alimentation végétale directe, mais la multiplication des étapes de production (élevage, boucherie, fromagerie, transports, congélation, conditionnement, emballage...) multiplie aussi les déchets, les sous-produits potentiellement polluants. Les conséquences de notre alimentation carnée et lactée sont dramatiques pour les sols, les eaux souterraines et de surface, les forêts et latmosphère.
La réponse des végétalienNEs à ces problèmes est de diminuer toutes ces pressions sur lenvironnement en supprimant leur demande en élevage, ce qui diminue aussi leur demande indirecte en végétaux.
La nourriture :
La consommation danimaux, eux-mêmes nourris de végétaux, est pour les humains une forme dalimentation indirecte. En conséquence, pour obtenir la même quantité de calories ou de protéines dans lassiette, il aura fallu cultiver 5 à 10 fois plus de végétaux pour de la viande que pour du pain. Dans les années 1990, 50% des céréales cultivées en Suisse (70% aux USA) étaient destinées à lalimentation des animaux. Vous avez dit gaspillage ?
Les sols et les forêts :
Nourrir des animaux délevage demande plus de surface à cultiver pour faire pousser des céréales et autres végétaux. Comme il y a concurrence dans le monde entier entre lagriculture et la forêt, et que les intérêts des humains priment sur ceux des autres espèces, ce sont les forêts qui trinquent ! La déforestation de la forêt amazonienne est en bonne partie destinée aux grands propriétaires terriens qui font de lélevage et de la culture de soja pour lexportation dans les pays riches. Comme les arbres maintiennent le sol grâce à leurs racines et diminuent le ruissellement de leau, le passage dune forêt à une surface agricole se traduit souvent par une destruction des sols à court ou moyen terme. Lintérêt des humains est donc de minimiser leurs besoins en surface agricole, car lépuisement des sols va bon train.
Pour ce qui est des terres trop pauvres pour lagriculture et utilisées pour le pâturage, elles sont souvent surexploitées, notamment à cause de la misère de nombreuses communautés pastorales qui les pousse à user leurs terres au maximum, causant ainsi un appauvrissement des sols et une désertification progressive.
Leau :
Le gaspillage devient encore plus criant lorsquon observe les conséquences de lélevage sur les eaux, qui sont de plus en plus rares et/ou polluées dans de nombreux endroits de la planète. Dune part on consomme une grande quantité deau propre : alors que la production dun kg de céréales nécessite environ 100 l deau, celle de viande nécessite 2000 à 15000 l deau ; dautre part on rejette dans lenvironnement des eaux fortement polluées.
Les surfaces agricoles destinées au fourrage nécessitent de lirrigation, et sont largement cultivées de manière intensive, avec moult nitrates et produits biocides, et la pollution des nappes phréatiques que cela implique.
A cela sajoutent bien sûr les eaux usées issues de lélevage, qui sont fortement chargées en ammoniac, ce qui est une des causes majeures (avec les nitrates et les phosphates) deutrophisation des eaux de surface. Leutrophisation est une sur-fertilisation des écosystèmes aquatiques qui amène une prolifération dalgues, jusquà priver le fond de lumière et doxygène, ce qui fait dabord disparaître presque toute la biodiversité puis crée des conditions anaérobies nauséabondes et polluantes.
Environ 50% de la pollution des eaux en Europe est due aux élevages massifs danimaux. En Bretagne, la pollution des eaux due aux élevages porcins est une catastrophe majeure. Aux USA, la part de pollution des eaux due à lagriculture est plus importante que celle due aux villes et aux industries réunies. En Suisse centrale, plusieurs petits lacs comme ceux de Sempach et de Baldegg sont si eutrophes (à cause de lélevage bovin) quon a dû les oxygéner artificiellement à laide de pompes.
La biodiversité :
La destruction des forêts et le sur-pâturage, la pollution des eaux et le dérèglement climatique détruisent lhabitat dinnombrables espèces, ce qui ne manque pas de causer la disparition définitive de nombre dentre elles.
De plus, les animaux que les humains utilisent pour se nourrir sont le fruit dune très étroite sélection des espèces et races les plus rentables, que lon reproduit à volonté au détriment de limmense variété existant à létat sauvage. Ce processus atteint actuellement son paroxysme avec les OGM qui sont en train dêtre expérimentés tant sur les végétaux que sur les animaux.
Leffet de serre :
On a vu les problèmes de déforestation causées par lélevage et le pâturage, et on peut facilement en déduire les conséquences en terme de larguage de dioxide de carbone (CO2) dans latmosphère, donc daugmentation de leffet de serre.
On sait moins que la production de méthane par les pets des vaches suisses augmente plus leffet de serre que nos transports ! En effet, le méthane (CH4), gaz produit dans les processus de dégradation anaérobie (sans oxygène) de la matière organique, est environ 20 fois plus efficace que le CO2 en terme deffet de serre. Or, les intestins des ruminants en produisent beaucoup, dautant plus sils sont nourris de manière intensive avec des céréales. Résultat : la quantité de méthane dans latmosphère a augmenté de 150% en moins de deux siècles (les ruminants nen sont pas la seule cause, mais une des principales).
Noublions pas la consommation accrue dénergie destinée à faire parvenir les produits dorigine animale dans nos assiettes : les tracteurs roulent au Diesel ; les intrants chimiques (fertilisants, biocides) demandent de lénergie à la fabrication ; le transport du fourrage et du bétail se font souvent sur de longues distances ; les élevages, les abattoirs, les fromageries, la pasteurisation, le conditionnement, les congélateurs consomment de lélectricité et de la chaleur.
La médecine :
Lalimentation animale augmente indiscutablement les dégâts sanitaires de la "malbouffe" dans les pays riches : cholestérol, cancers, ostéoporose... Voir la brochure "Végétalisme et santé" aux éditions Tokup.
Le coût environnemental du traitement médical de ces maladies "de civilisation" na probablement pas encore été évalué. On peut toutefois imaginer quil est très important !
Illusions des omnivores bien-pensant-e-s
Pour répondre à largument : "je ne mange que peu de viande", il faut bien constater que ce nest pas le cas de tout le monde. La consommation mondiale de viande a plus que doublé depuis 1950. En 1990, la consommation de viande en Suisse avait dépassé la consommation de pain. Lalimentation de ce pays est aussi caractérisée par une consommation élevée de lait et de fromages. Une étude récente sinquiète du fait quune forte proportion de la population ne mange pratiquement pas de légumes. La Suisse nest bien sûr pas un cas isolé dans les pays industrialisés. Cest donc bien dune alimentation basée sur la consommation danimaux que nous parlons. Même si la tendance au cours des années 1990 a été une lente diminution de la consommation de viande et une progression des aliments végétariens "de substitution", lensemble de la société na pas changé de mode de consommation en 10 ans.
Certaines personnes, en discutant avec des végétalienNEs, justifient leur consommation danimaux par le fait qu"il faut bien que les vaches et les chèvres broutent lherbe des prairies et des alpages". Ensuite, ces personnes en concluent que "la viande, cest écologique". Ceci sous-entend quilles ne consomment que des produits animaux issus du pâturage, ce qui est généralement faux malgré le fait quilles "font attention". La réalité est que la majorité du bétail est nourri avec des aliments concentrés : céréales, soja, farines douteuses, qui doivent être cultivés à cet effet. Leur raisonnement est dautant plus déplacé quil fait référence à un contexte qui nest plus celui daujourdhui, celui où la production alimentaire était intégrée dans la société paysanne. Ensuite, on peut discuter de limpact écologique du pâturage, qui dépend fortement des conditions économiques des communautés pastorales qui ont souvent mené au surpâturage, et donc à un fort appauvrissement des écosystèmes exploités.
Posons-nous plutôt la question : quel est le rôle écologique, aujourdhui, de notre alimentation basée sur lexploitation des animaux ? Il faut pour cela considérer le contexte dans lequel nous vivons : une société urbaine, industrielle et marchande.
Finie lautonomie alimentaire, bonjour lagriculture et lélevage intensifs, lindustrialisation tous azimuts. Même sil existe encore des bergerEs sympas et depuis peu des éleveurEs bio, lécrasante majorité de la production alimentaire est organisée, rationalisée à grande échelle, et représente pour léconomie capitaliste un secteur industriel comme un autre.
Urbanisation et alimentation
Un des facteurs psychologiques masquant la réalité est le suivant : les habitantEs de la campagne sont maintenant intégréEs au mode de vie urbain, mais ne veulent souvent pas ladmettre. Ce paradoxe est caricaturé par la ménagère vaudoise remplissant son caddie de viande emballée sous plastique, au supermarché de gros... Un reste de culture issue dun mode de vie paysan, en réalité en déclin depuis plusieurs générations. La production agricole (bio y compris) passe par des grandes centrales de distribution, pour alimenter les supermarchés des villes et des campagnes. Les petites boucheries se font rares, et labattage "à la maison" est illégal, car non soumis à limpôt. Pourquoi un tel système sest-il mis en place ?
Les régions densément peuplées, les systèmes urbains en particulier, doivent importer des ressources pour salimenter. Ceci implique que dautres régions doivent produire plus que ce qui est nécessaire à leur propre consommation, pour pouvoir exporter vers les villes. Pour sassurer de leur alimentation continue, les villes doivent sassurer de la collaboration sans faille des campagnes ou des régions qui les nourrissent, et le font en établissement sur celles-ci des rapports de domination sociale : propriété privée, étatisation, colonisation, industrialisation, guerres. Pensons au colonialisme et à son importance pour le développement des villes et des états occidentaux. Tout au cours de lhistoire, les villes ont progressivement constitué le lieu du pouvoir, menant les processus de domestication de lhumanité : agriculture, esclavage, servage et salariat. Le salariat est la forme de domestication qui correspond à la révolution industrielle, et lexode rural forma le prolétariat industriel, dépendant de lÉtat bourgeois.
Parallèlement progressa aussi la domination de la nature : de la révolution néolithique à la révolution industrielle, la "nature sauvage" sest transformée aux yeux des humains en "ressources naturelles", à mesure que les progrès techniques poussèrent de plus en plus loin les possibilités dexploitation de la nature. La domestication des céréales permit non seulement à des plus grands groupes humains de se rassembler et créer des villes, mais aussi à des élites de se former dans ces villes autour du savoir technique et du stockage des céréales, indispensables aux populations urbaines qui en dépendaient. Cest le même schéma qui na cessé de se répéter depuis : la domestication dun élément préexistant dans la nature permet à une élite de domestiquer dautres humains.
Prenons maintenant le contexte actuel des États industrialisés. Lancienne classe paysanne y est maintenant considérée comme un ensemble de salarié-e-s, qui sont exploité-e-s par divers groupes privés (grands propriétaires, centrales de distribution alimentaires, semenciers, industries des machines agricoles, des pesticides, des antibiotiques, etc...) mais aussi par lEtat (TVA, impôts fonciers, impôts de succession lors de lhéritage de la ferme, ...) Dans un tel rapport de domination et dexploitation, les agriculteur-ice-s luttent pour leur survie et doivent produire à moindre coût, ce que les pouvoirs en place justifient grâce à leur idéologie productiviste.
Le végétalisme contre le productivisme ?
Selon cette idéologie, la voie du progrès est laugmentation continue de la productivité, cest-à-dire la diminution des coûts de production par rapport à la richesse produite. Un exemple typique de lidéal productiviste est lénergie nucléaire, qui était vantée à ses débuts comme une source dénergie tellement bon marché que la mesure de sa production coûterait plus cher que la production elle-même ("too cheap to meter"). Ce quon voit en pratique, cest que cette idéologie profite uniquement aux possédantEs et néglige les conséquences sociales et environnementales de la production. Le productivisme est la logique de la privatisation des profits et de la collectivisation des coûts (les fameux "coûts externes").
Ça sapplique bien sûr au nucléaire, mais aussi à lélevage : lexigence de minimisation des coûts conduit à la concentration et à lindustrialisation des élevages, ce qui profite aux capitalistes énumérés précédemment (grands propriétaires, Migros, etc...) et coûte au bien-être des animaux et à la société en général. Gestion publique des pollutions, endettement de la petite paysannerie puis mise au chômage, subventions de la production de viande, de lait, etc... Il est donc faux de dire que les consommateurs et consommatrices bénéficient du faible coût des produits animaux, puisquen tant que contribuables, illes assument les "coûts externes".
Le raisonnement environnementaliste de certain-e-s végétalien-ne-s comporte une dimension économiste qui ne se distancie pas clairement de lidéal productiviste, car elle inciterait à passer à une alimentation végétalienne pour des raisons defficacité économique. Habituellement, cet argument est ajouté pêle-mêle à ceux qui contestent lexploitation des animaux, et la destruction du monde en général. Un point de vue écologiste radical devrait se contenter de ces derniers arguments pour contester tant lalimentation prédatrice que le productivisme.
Vers un élevage industriel propre ?
Les adeptes du développement durable et de lécologie industrielle voudraient recycler systématiquement les sous-produits animaux dans des nouveaux procédés industriels, offrant du coup des débouchés aux industries animalivores. Premièrement, cest une illusion que de vouloir tout recycler, puisque tout procédé dégrade de la matière et de lénergie, comme le décrit le deuxième principe de la thermodynamique, donc essayer de tendre vers la production "zéro-déchet" se heurte à des problèmes croissants de coûts financiers, énergétiques et matériels. Des limites de lécologie industrielle : les risques de contamination dans le recyclage des farines animales nécessitent quune partie des déchets animaux solides soit brûlée, ce qui est un recyclage entropiquement moins efficace que le recyclage de matière.
Autre exemple : considérons par exemple le problème des pets de vache. Supposons que ces émanations empêchent la Suisse de respecter le protocole de Kyoto. Les ingénieurEs se demanderont : comment valoriser ce sous-produit de lindustrie laitière, ce qui nous permettra du même coup de protéger lenvironnement ? On peut imaginer de traiter lair des étables, et il faudrait pour cela que les vaches elles-mêmes y soient confinées et ne voient jamais la lumière du jour. Outre le fait que ce soit contraire aux objectifs de la libération animale, le méthane est surtout trop dilué dans lair des étables pour être récupéré de manière rentable. On entendra alors la plaisanterie habituelle : "Ya quà mettre un sac au cul des vaches !" que les ingénieurEs risquent fort de prendre au sérieux quand on sait la sophistication quilles mettent déjà à concevoir des techniques adaptant la vie du bétail aux impératifs économiques. Imaginons quilles trouvent un moyen de fixer une prothèse aux vaches pour capter leurs bio-pets, ce que les vaches apprécieront aussi... Mal( ?)heureusement, des économistes de lenvironnement viendront expertiser que le coût de ces prothèses dépasse les coûts externes engendrés par laugmentation de leffet de serre. Finalement, la solution qui simpose : créer des vaches génétiquement modifiées pour ne pas polluer. Il paraît que la recherche scientifique y travaille déjà... Et voilà : on saura alors apprécier ces nouvelles manipulations qui réifient (en font des choses) encore plus les animaux, si cest encore possible, sous des prétextes environnementalistes.
Ne pas choisir entre les humains et les autres
Nous avons pu constater, vu ses conséquences environnementales et son utilisation économique, que lalimentation prédatrice contribue à piller la terre et à créer la misère généralisée.
Au lieu de ne faire que déplacer les problèmes, il faut se rendre à lévidence que le meilleur moyen de réduire la consommation est de ne pas consommer, et que la voie la plus simple pour réduire les déchets est de ne pas en produire.
Au niveau éthique, le végétalisme sinscrit dans le cadre de lantispécisme (voir dans les définitions). On peut considérer que les souffrances des animaux délevage sont les souffrances directes que refusent les antispécistes, alors que les dégâts environnementaux de lalimentation actuelle causent des souffrances indirectes aux animaux en détruisant leurs habitats. Cest une dimension non négligeable des intérêts en jeu dans nos choix alimentaires.
On peut même élargir la perspective, et considérer que le végétalisme sinscrit dans la philosophie de lécologie profonde, qui prône notamment légalité morale entre toute espèce vivante, humaine, animale, végétale ou autre, et attribue aussi une valeur propre aux écosystèmes (égalitarisme biocentrique). Il sagit selon lécologie profonde de mettre en question non seulement la souffrance (pathocentrisme), mais globalement lutilitarisme qui nuit au droit à lexistence de la majorité des espèces "inutiles" et condamne les autres à devenir des choses (réification), par exemple pour lalimentation humaine. Ce point de vue serait dautant plus cohérent pour un-e végétalien-ne que la destruction des écosystèmes comme les lacs ou les forêts à cause de nos choix alimentaires serait moralement désapprouvée en tant quécologiste "profond-e".
Par contre, aucun de ces courants didées nattaque implicitement les hiérarchies internes à lespèce humaine. Il existe une tendance chez les végétalienNEs, les partisanEs de la libération animale et les écologistes profonds à considérer lespèce humaine comme un tout indifférencié, indépendamment de la position sociale des individuEs. Ce qui nincite guère à combattre linjustice sociale, ni à analyser les causes internes à la société de lécrasement de la vie non-humaine. La lutte pour la libération animale aurait tout à gagner de comprendre certaines dynamiques culturelles qui façonnent le rapport aux animaux non-humains et lidée de "nature", pour pouvoir ensuite mieux les contrer.
Un des risques des analyses "a-sociales" est de préconiser de réduire le nombre dêtres humains par tous les moyens, et dencourager les épidémies, les stérilisations forcées et les génocides. Certains déclarations de ce types ont été faites dans les années 1980 par des "deep ecologists" américains. Sil faut effectivement constater dune part que le niveau actuel de la population humaine nest pas soutenable pour la planète, dautre part que lhumanisme exclusif est inacceptable, il est tout aussi inacceptable de proposer des solutions négligeant la souffrance et les intérêts des humain-e-s. Il ne sagit pas de "venger la nature", car cela reproduit lerreur fondamentale de considérer lhumanité comme étant séparée de la nature.
Pour éviter ces lourdes erreurs idéologiques, il faut réaliser la complexité de la société, dont tou-te-s les écologistes et les végétalien-ne-s sont issu-e-s, et en tenir compte pour mettre en place des stratégies efficaces. Par exemple, la plus efficace et la plus digne des stratégies de contraception est une éducation féministe. En ce qui concerne lalimentation, le passage du fast-food à une alimentation écologique et non-prédatrice ne se fera pas sil manque le plaisir et la convivialité dune bonne bouffe partagée. Dans ces deux exemples, on peut à la fois les intérêts humains et non-humains. Il faut conjuguer la libération animale et le respect de la biosphère en général avec la libération humaine.
Révolution sociale et écologique !
Il faut aussi pour cela éviter les pièges de lenvironnementalisme qui ne rompt pas avec les fondements de la domination et de lexploitation. Lidéologie du développement durable pourrait-elle récupérer le végétalisme pour sauver le capitalisme ? Le végétalisme semble pourtant en nette opposition avec lidéologie de la croissance, ne justifiant pas lexistence dun secteur industriel par sa contribution au PIB, mais jugeant son activité comme étant nuisible en soi.
Dans une perspective libertaire et réellement écologiste, il faut penser le végétalisme dans une perspective de décroissance économique, de réappropriation de lalimentation. Dans le contexte actuel, être végétalienNE pousse à cuisiner soi-même, à questionner lindustrialisation, mais à partir dun certain seuil de tension écologique et sanitaire que nous sommes en train de passer, lindustrie produira de plus en plus de produits "écologiques et sains" ainsi que végétaliens, au-delà même des bénéfices dimage pour les entreprises.
Mais rien ne pousse le système productif capitaliste à dépasser les conditions de production esclavagistes, que ce soit pour du bétail OGM ou des légumes bio. Rien ne le pousse à dépasser le schéma "bouffe de merde pour les prolos, diététique pour les riches". La logique productiviste demeure si on ne renverse pas le système économique qui lincarne. La lutte pour les intérêts humains doit être intégrée de manière cohérente dans une stratégie antispéciste.
Un des enjeux principaux est de sortir du salariat et se battre pour atteindre lautonomie alimentaire et économique, pour lautonomie politique (autogestion). On doit pour cela se défaire de la dépendance et de la domination de lOccident sur le reste du monde, défier lurbanisation/industrialisation de nos espaces, sapproprier des technologies émancipatrices, combattre la marchandisation du vivant.
Selon ce dernier objectif, on peut argumenter quen étant plus sain, le végétalisme nous aide aussi à une réappropriation de la santé, évitant de recourir au salaire pour rétribuer le savoir spécialisé de la médecine bourgeoise. Certain-e-s préconisent "lexode urbain". Pour nourrir un nombre énorme dhumain-e-s, on peut imaginer des sociétés agro-forestières communautaires, plus nourrissantes que les monocultures, en sinspirant par exemple de la permaculture. Et si lon ne peut pas éliminer les villes, le végétalisme peut réduire leur rapacité, et rendre plus envisageable lautonomie alimentaire.
Mais ces stratégies sont insuffisantes, car pour éviter de se cantonner à des expériences marginales, il faut renverser le système en place. Car, comme le montre lhistoire, lEtat capitaliste, productiviste, marchand, etc... soppose toujours violemment à ce qui menace sa perennité, ce à quoi il ne peut pas sadapter. Lobjectif dune alimentation non-prédatrice, ni pour les humains ni pour les autres espèces, sinscrit dans une rupture vis-à-vis du rapport à la "nature" qui fonde notre société de domination et dexploitation. Il y a donc fort à craindre que sans révolution sociale, tant la libération humaine que la libération animale se feront attendre !
Quelques définitions
Ces définitions sont proposées dans le but de faciliter la compréhension de certains termes. Les types dalimentation ne sont pas à considérer comme des catégories exclusives ; dans la pratique elles sont parfois élastiques, et chacun/e définit son alimentation de façon personnelle.
Végétarien/ne - ne consommant aucun produit issu de labattage des animaux, cest-à-dire ni viande danimaux terrestres, ni viande danimaux marins, ni gélatine, ni présure, ni caviar.
Végétalien/ne(ou végétarien/ne strict/e) - ne consommant que des végétaux, cest-à-dire ni viande, ni produits laitiers, ni miel.
Vegan - terme anglo-saxon, souvent traduit par végétalien/ne en français. Un/e vegan, en plus dêtre végétalien/ne, nutilise aucun produit dorigine animale, dans toutes les facettes de sa vie, cest-à-dire ni laine, ni cuir, ni fourrure, ni cire dabeille, ni produits testés sur les animaux, etc...
Freegan - ce terme anglo-saxon sapplique aux personnes dont le mode de consommation est vegan, mais qui acceptent de se nourrir de produits dorigine animale lorsque ceux-ci sont obtenus sans soutenir leur production. Par exemple, un/e freegan mange du fromage récupéré gratuitement auprès de qulequun qui sen débarasse, mais nen achète pas.
Frugivore / fruitarien/ne - ne se nourrissant que de fruits (frais, secs, graines) pour ne pas détruire de plantes, ce qui peut être évité dans une certaine mesure en se limitant à la cueillette de fruits.
Crudivore - ne se nourrissant que daliments crus. CertainEs crudivores sont aussi végétarien/nes ou végétalien/nes.
Libération animale - terme définissant la volonté que les animaux ne soient plus exploités par les humains, dans le but de leur en épargner la souffrance, que ce soit pour les manger, utiliser leur force, sen servir pour la recherche, pour ses loisirs, ou autre.
Antispécisme - courant éthique sopposant au spécisme, cest-à-dire à la discrimination sur la base de lappartenance à une espèce. Très proche de la libération animale, ce courant se fonde sur le principe que les intérêts dun animal à ne pas souffrir et à vivre une vie satisfaisante importent autant, moralement, que les intérêts équivalents dun être humain.
Ecologie profonde(en anglais "deep ecology") - éthique écologique selon laquelle toute la nature a une valeur propre (biocentrisme, holisme), et pas seulement une valeur utilitaire pour les humains (anthropocentrisme, environnementalisme). Toutes les espèces vivantes, mais aussi les écosystèmes, sont des sujets moraux selon lécologie profonde. Vu la situation actuelle, certainEs "deep ecologists" préconisent une réduction importante de la population humaine.
Ecologie sociale - ce courant de lécologie politique propose danalyser les causes sociales de la destruction de lenvironnement, et de sappuyer sur les luttes sociales pour créer une société écologique et libertaire.
Ecologie industrielle - approche de lingéniérie visant à recycler tous les déchets industriels dans dautres procédés, en planifiant les procédés industriels de manière intégrée. Ses promoteurs prétendent sinspirer de la nature.
Développement durable - terme utilisé pour désigner un développement économique qui concilierait la croissance économique avec le respect de lenvironnement et léquité sociale. Ses promoteur-ices ne remettent pratiquement jamais en cause lidéologie et la symbolique du développement, ni les fondements de léconomie marchande.
Permaculture - approche de lagriculture et de lhabitat visant lautonomie et la stabilité à long terme et à minimiser les besoins en travail et en énergie, notamment en imitant les écosystèmes naturels par la complémentarité des espèces. Lorganisation dans lespace et dans le temps doit être planifiée de telle sorte que chaque fonction soit assurée par plusieurs éléments (plantes, animaux, eau, soleil...), et que chaque élément ait plusieurs fonctions (nourriture, protection, chauffage, épuration...), pour garantir la pérennité du système.
Anonyme
P.S.
Bibliographie / à lire
Renato Pichler, "Les conséquences écologiques et économiques dune alimentation basée sur la viande", Sennwald, ASV, 1998.
Ed Ayres, "Beyond 2000 - will we still eat meat ?", Time Magazine (traduction Vegi-Info, Lausanne), 1999
André Gasser, "Ecologie et végétarisme", in Vegi Info n°8, p.8-9, 1999
Jean-Michel Jaquet, cours sur les "Ressources naturelles", Université de Genève, 2001.
"Végétarien & Végétalien, vivre sans manger les animaux", Toulouse, A.V.I.S., 1999.
"Manger est un acte politique !", FTP n°8, 1999.
Clémentine Guyard, "Dame Nature est mythée : seconde mutation", Lyon, Carobella ex-natura, 2002.
Murray Bookchin et Dave Foreman, "Quelle écologie radicale ? Ecologie sociale et écologie profonde en débat", Lyon, Atelier de création libertaire, 1994.
"Communautés, naturiens, végétariens, végétaliens et crudivégétaliens dans le mouvement anarchiste français : textes", Invariance, 1994
"Justicia animal" No1, Madrid, 2001
www.permaculture.org
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Un jeune végétarien écolo.
Bravo ! Cet article est vraiment très instructif. Je suis vg depuis des années, très sensible à l'écologie et pense que la végéculture mérite d'être davantage connue et surtout davantage pratiquée !
Voir le site en français sur l'agriculture biologique végétalienne :
http://www.vegeculture.cjb.net
Bonjour,
Votre article est très complet et très instructif.
Je ne suis pas végétarien, mais je ne mange que très peu de viande, et je crois que de plus en plus, je me dirige vers le végétarisme, qui est à mon avis ce à quoi devrait tendre l'humanité !!
Comment peut on faire pour faire bouger les choses, changer les mentalités ? Ne pourrait on pas créer un mouvement... une nouvelle philosophie de vie (religion = secte) ? Somme nous nombreux à penser comme cela ?
Je suis un écolo convaincu et un végétarien en devenir ! (il n'est jamais trop tard)