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Réunion du S.E.L.L. de Nevers
(Système d'Echange Libre & Local)
Le vendredi 19 mai à 20 heures au Café Charbon*
* Café Charbon
10, rue mademoiselle Bourgeois
58000 Nevers
LE SQuAT DE A à Z
mais il manque encore plusieurs lettres... (juillet 2004)
Squatter, c’est entre autres, pas de loyer à payer, pas d’interrogatoire à subir pour savoir si on peut repeindre sa chambre en vert pomme. C’est être libre et responsable dans son lieu de vie. C’est aussi un moyen de survie quotidienne qui peut mener à se questionner sur nos façons de vivre, sur le travail, la famille, la vie collective, le train-train quotidien, sur les possibilités de vivre nos idées dans une telle société, ...
Chaque squat est différent. Les pratiques et la théorie développées par les occupant-e-s dépendent largement des contextes politique, socio-économique, juridique, inter-relationnel, etc., mais tout squat est « politique », dans la mesure où il bouleverse, même parfois involontairement, l’ordre social et la propriété privée.
Le squat est dépendant des espaces laissés à l’abandon par la bourgeoisie et le système capitaliste en général. Sachant cela, il ne peut être considéré comme un but, mais tout au plus comme un moyen. Mais pas n’importe quel moyen. Le squat peut être un lieu de résistance et d’expérimentation. En squattant, la recherche d’autonomie permet de rendre certaines de nos idées effectives. Squatter, c’est prendre une part de l’interdit, c’est se placer un minimum en rupture au niveau socio-économique.
La lutte au quotidien des squats peut se retrouver ainsi dans des pratiques diverses : autogestion, gratuité, récupération/recyclage, réquisitions en tout genre, ouverture sur l’extérieur et confrontation des façons de vivre, débats en tous genres, ...
Cette brochure, écrite collectivement, en évolution permanente depuis sa première parution au printemps 1999, a pour vocation de fournir quelques informations nécessaires au « bon » déroulement de la vie d’un squat, depuis l’ouverture jusqu’à la fermeture. Elle ne se veut pas exhaustive et c’est à chacun-e d’y apporter les modifications appropriées.
OUVRIR UN SQUAT
Repérages des lieux
A priori, le squat dépend de la juridiction civile, c’est-à-dire un conflit entre deux parties où il n’y a pas risque de prison contrairement à la juridiction pénale qui, elle, peut vous reloger directement derrière les barreaux. Toute preuve démontrant votre responsabilité dans la fracture d’une porte, fenêtre, etc., vous enverrait directement en pénal ; on peut par exemple vous accuser de dégradation de biens privés ou du vol avec effraction des objets ou meubles qui se trouvaient dans le lieu avant votre arrivée. C’est pour cela qu’il est conseillé de toujours dire que quand vous êtes entré-e-s la porte était déjà ouverte...
Conseils :
A éviter :
L’installation...
Si vous avez rapidement la visite du proprio ou de la police et qu’il n’y a pas de trace d’effraction, précisez que vous êtes là depuis plus de 48 heures (même si c’est faux). Sachant que cet argument n’a aucune valeur juridique mais que les keufs ont plus ou moins l’habitude de l’entendre, il peut jouer dans la confrontation orale avec eux. Il vous faudra donc prouver que le lieu que vous habitez est votre domicile depuis plus de 2 jours, à savoir que cette preuve ne vaut rien si l’expulsion est imminente. Face aux flics, aux huissiers ou aux proprios, montrez que vous êtes sûr-e-s de vous, que vous connaissez vos droits De façon générale, il est important de rester flou et de divulguer le moins d’infos (identités, nombre d’habitant-e-s, piratages éventuels, points faibles du lieu, ...), que ce soit aux flics, aux huissiers, au proprio, aux voisin-e-s ou aux gens de passage. Méfiez-vous si keufs, huissiers, proprios veulent « entrer pour discuter », il vaut mieux garder ses distances avec ces gens-là... Ne les laissez pas entrer !
Conseils :
Eau et électricité à tous les étages :
Dans la mesure du possible, essayez d’installer (ou de réinstaller) l’eau et l’électricité par vous-mêmes. Mais gare aux coupures ! En cas d’intervention , réagissez, ne vous laissez pas faire et installez un rapport de force pour les empêcher de vous couper. Au terme des cahiers des charges de distribution publique d’énergie électrique, le concessionnaire EDF est tenu de fournir l’électricité à toute personne qui demande à contracter un abonnement sans la justification de l’occupation légale des lieux par le proprio.
Conseils si vous voulez vous « régulariser » :
DEFENSE JURIDIQUE
La propriété...
Dans tous les cas de conflits, résistez aux pressions diverses (vigiles, proprio, serruriers, policiers, etc.). Essayez la diplomatie, la ruse, la menace (pas toujours conseillée...), l’ironie, mais n’oubliez jamais que la porte était ouverte lors de votre arrivée. Personne n’a le droit d’entrer chez vous sans l’autorisation d’un juge, mais même sans autorisation, les keufs ou les vigiles ne se gêneront pas pour défoncer votre porte (et vos têtes, en cas de vigiles - qui sont rarement pacifiques -) pour finalement vous virer.
Conseils :
Mise en place d’un dossier de défense juridique
A partir du moment où le proprio est en possession de votre nom, il peut vous attaquer devant un tribunal. Il vous sera alors remis une assignation en justice (en main propre ou à aller chercher à la mairie) que vous devez lire avec attention pour vérifier la validité de l’adresse et des noms qui y sont portés (une erreur à ce niveau devrait faire repartir la procédure à zéro, ou pour le moins vous faire gagner du temps). Le but du jeu pour vous étant de rester le plus longtemps possible, faites traîner l’affaire...
Une fois assigné en justice, si vous gagnez moins que le SMIC (vérifiez sur les papiers officiels du tribunal pour les chiffres exacts), vous avez droit à l’aide juridictionnelle (procédure assez longue) qui devrait vous permettre d’obtenir un report de votre procès. Pour cela, déplacez-vous au bureau d’aide juridictionnelle de votre département pour y faire la demande, on vous y remettra un récépissé que vous devez présenter lors de l’audience, ce qui dans la pratique devrait valoir un-e avocat-e, ou un remboursement des dossiers de n’importe quel-le avocat-e que vous auriez choisi-e, ainsi qu’un report d’une quinzaine de jours. Surtout, présentez-vous à l’audience. Soyez « diplomate » dans la limite du possible. Par exemple si vous avez préalablement fait une demande de logement (cela étant très conseillé car prouve votre bonne foi) à la mairie (renouvelable périodiquement), faites-le valoir, de même si vous avez proposé de l’argent au proprio (d’où la lettre recommandée). Vous pouvez également donner les photocopies des papiers prouvant vos difficultés à vous reloger par vous-mêmes (petits revenus, allocations, RMI,...).
Avant le procès, vous pouvez proposer un accord à l’amiable au proprio. Si vous arrivez à prouver que vous aviez déjà un accord avec le proprio (donc juridiquement, vous ne squattez pas) le juge devra se déclarer incompétent et renvoyer l’affaire devant le tribunal d’instance, ce qui sera encore plus long.
Le squat dans lequel vous vivez est votre unique logement, précisez-le.
La défense d’un squat peut prendre plusieurs orientations (qui ne sont pas forcément contradictoires), tout est dans la tactique et la stratégie, puisqu’il n’y a aucune illusion à se faire sur le système judiciaire français (qui protège avant tout la propriété privée) :
Les suites du jugement... puis l’expulsion
Le jugement en référé (la plus courante des procédures contre les squatteureuses) sera rendu le jour même ou dans les jours qui suivent l’audience et devra vous être signifié par l’huissier. En ce cas il est intéressant de rajouter au dossier des faits nouveaux (de nouvelles et nouveaux arrivant-e-s) pour essayer d’obtenir un report d’audience et donc plus de temps.
Deux cas se présentent alors : - Avant d’être "expulsables", vous bénéficiez d’un délai de deux mois à compter de la date du résultat (article 62 de la loi 91-650 du code de procédure civile). Si l’huissier "oublie" ces deux mois de délai alors que la décision de jugement ne notifie pas l’annulation de ces deux mois, faites un recours auprès du juge d’exécution des peines (le "Jex") pour "faire appliquer la loi"... - Si le jugement vous précise que vous ne bénéficiez pas de ces 2 mois, vous êtes donc expulsables à compter de l’expiration de la date fixée par le juge.
Au terme du délai initial l’huissier peut se présenter chez vous pour récupérer les lieux sauf cas de résistance de votre part. Auquel cas le proprio devra faire une requête auprès du commissaire et du préfet (de police) pour pratiquer l’expulsion. Le proprio ne pourra faire appel aux flics qu’une fois passée la période de 2 mois (ou la date fixée par le juge) qui suivent le jugement. Le proprio devra également envoyer le jugement au préfet pour qu’il étudie la possibilité de vous reloger (loi Besson) si vous avez préalablement fait une demande de logement. L’huissier n’a absolument pas le droit de vous expulser et ne peut récupérer les lieux que si vous les avez abandonnés (en clair, s’il n’y a personne chez vous).
Le premier jugement d’expulsion est « exécutoire » et faire appel ou demander des délais n’est pas « suspensif ». Ceci dit, il reste possible de saisir le "Jex" pour lui demander des délais supplémentaires.
C’est au préfet de décider de l’expulsion forcée, pour cela il demande au commissaire du quartier de faire une enquête sur les conséquences de celle-ci. Lorsque vous sentez que l’expulsion se prépare, vous pouvez appeler la Préfecture pour soutirer des infos sur l’état de la procédure.
La trêve d’hiver peut vous faire gagner du temps si vous réussissez à en bénéficier (ce qui devrait être le cas pour la plupart des squats). Elle dure au moins du 1er novembre jusqu’au 15 mars de l’année suivante (parfois plus). La loi n’est pas très claire (cf. annexe, article L.613-3 du Code de la Construction et de l’Habitation) mais en gros, si vous n’êtes pas accusé-e-s de voie de fait et si vous n’avez pas un arrêté de péril sur le dos, vous avez tout intérêt à exiger au moins la trêve d’hiver...
Après l’expulsion : le proprio a l’obligation de garder les affaires du squat à disposition. Pour ce, vous faites l’inventaire avec un huissier puis elles sont placées en garde-meuble gratuitement (aux frais du proprio) pendant 2 mois où elles sont censées être à votre disposition.
ANNEXE
L’ARTICLE DE LOI RELATIF À LA TRÊVE D’HIVER :
Article L.613-3 du Code de la Construction et de l’Habitation :
Art. L. 613-3. Nonobstant toute décision d’expulsion passée en force de chose jugée et malgré l’expiration des délais accordés en vertu des articles précédents, il doit être sursis à toute mesure d’expulsion non exécutée à la date du (L. n° 90-449 du 31 mai 1990, art. 21) "1er novembre" de chaque année jusqu’au 15 mars de l’année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l’unité et les besoins de la famille.
(L. n° 91-650 du 9 juill. 1991, art. 64) "Les dispositions du présent article ne sont toutefois pas applicables lorsque les personnes dont l’expulsion a été ordonnée sont entrées dans les locaux par voie de fait ou lorsque ceux-ci sont situés dans un immeuble ayant fait l’objet d’un arrêté de péril".
UN ARTICLE DE LOI QU’IL PEUT ÊTRE UTILE D’AVOIR SOUS LA MAIN LE JOUR OÙ L’HUISSIER VIENT VOUS REMETTRE LE COMMANDEMENT DE QUITTER LES LIEUX :
Article 62 de la Loi 91-650 du 09 juillet 1991 (Code de procédure civile) :
"Si l’expulsion porte sur un local affecté à l’habitation principale de la personne expulsée ou de tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu, sans préjudice des dispositions des articles L. 613-1 à L. 613-5 du Code de la construction et de l’habitation, qu’à l’expiration d’un délai de deux mois qui suit le commandement. Toutefois, par décision spéciale et motivée, le Juge peut, notamment lorsque les personnes dont l’expulsion a été ordonnée sont entrées dans les locaux par voie de fait, réduire ou supprimer ce délai.
Lorsque l’expulsion aurait pour la personne concernée des conséquences d’une exceptionnelle dureté, notamment du fait de la période de l’année considérée ou des circonstances atmosphériques, le délai peut être prorogé par le Juge pour une durée n’excédant pas trois mois.
Dès le commandement d’avoir à libérer les locaux, l’Huissier de Justice chargé de l’exécution de la mesure d’expulsion doit en informer le représentant de l’Etat dans le département en vue de la prise en compte de la demande de relogement de l’occupant dans le cadre du plan départemental d’action pour le logement des personnes défavorisées prévu par la Loi N° 90-449 du 31 mai 1990, visant à la mise en œuvre du droit au logement."
EXEMPLE DE PANNEAU QU’IL PEUT ÊTRE UTILE D’AFFICHER SUR LA PORTE D’ENTREE DE FAÇON À CE QUE LES FLICS NE SE PERMETTENT PAS COMPLETEMENT N’IMPORTE QUOI QUAND ILS PASSENT (NOTAMMENT LA PREMIERE FOIS) :
Ce lieu est notre domicile ainsi que notre résidence principale. En tant que résident-e-s de l’immeuble, nous sommes protégé-e-s par la loi.
Agir hors du cadre procédural, c’est heurter un des grands principes du droit français, l’inviolabilité du domicile.
Selon l’article 432-8 du code pénal, "Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée de mission auprès du service public, agissant dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions ou de sa mission, de s’introduire ou de tenter de s’introduire dans le domicile d’autrui contre le gré de celui-ci hors les cas prévus par la loi est puni de deux ans d’emprisonnement et de 200 000 F d’amende."
Les Résident-e-s.
IL NE PEUT Y AVOIR D’EXPULSION SANS DECISION EXECUTOIRE DU TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE
EXEMPLE DE TEXTE QU’IL PEUT ÊTRE UTILE D’AFFICHER CHEZ SOI EN PREVISION DE CERTAINES SITUATIONS :
AVIS AUX OCCUPANT-E-S ET PERSONNES DE PASSAGE : CE QU’IL FAUT SAVOIR SI LA POLICE OU UN HUISSIER POINTE LE BOUT DE SON NEZ !
SURTOUT NE PAS LES LAISSER RENTRER !
Collectif
P.S.
Ce petit guide du squat est concocté selon le contexte et les lois que l’on trouve en France...
De nombreuse
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